Que penser des messageries « spéciales enfants » ?
Xooloo, Monster Messenger, Messenger Kids, KidiConnect, … Les applications de messagerie pensées pour les enfants se multiplient. Quelles sont leurs différences avec les messageries classiques ? Proposent-elles vraiment un espace de conversation sécurisé pour vos enfants ? Réduisent-elles le risques de mauvaises expériences ? Décryptage.
Type :
- Réseaux sociaux
- |
- Sécurité et vie privée

On a testé pour vous : Xooloo Messenger
Lancée en 2019 par la société française dédiée au contrôle parental Xooloo, l'application messagerie instantanée Xooloo Messenger est gratuite et permet d’envoyer des messages, de passer des appels et des appels vidéo. L’application est fermée, c’est-à-dire que les contacts ne peuvent être ajoutés que sciemment via leur adresse mail, via leur numéro ou via un « code ami ». A priori, il n’est donc pas possible de converser avec des inconnu·es sur la plateforme. En dessous de 13 ans, ce sont aux parents de l’utilisatrice ou de l’utilisateur d’accepter les nouveaux contacts. Si les parents peuvent prendre connaissance des contacts, ces derniers ne pourront en revanche pas accéder au contenu des discussions.

Indiquer son genre : pourquoi ?
Lors de l’installation de l’application et de la création de son profil, l’utilisateur·rice se verra dans l’obligation d’indiquer son genre pour « la personnalisation du service ». Dès le départ, les avatars illustrés sont très genrés. Ceux qui s’identifient via le genre masculin seront représentés par un garçon en pyjama mal coiffé. Celles qui s’identifient comme féminines seront représentées par une fille en robe, blonde et portant du rouge à lèvre ! Se pose dès lors un questionnement sur les représentations de genre véhiculées par la plateforme.

Fonctionnalités basiques
Lors de notre test, nous avons remarqué les fonctionnalités très basiques de la plateforme. Certes très faciles à prendre en main, elles ne sont cependant pas très attractives et le risque est que les jeunes s’en lassent rapidement et se tournent vers des systèmes de messagerie plus performants, dédiés au tout public.
Nos données sont-elles réellement protégées ?
Notons que l’application a accès aux contacts du téléphone sans demande d’autorisation préalable. Par ailleurs, concernant l’autorisation parentale annoncée comme nécessaire pour la création d’un compte, il s’avère dans les faits qu’il suffit d’un numéro de téléphone et d’ajouter obligatoirement le nom de famille. Si l’enfant possède effectivement un numéro de téléphone personnel, il est alors très facile de se créer un compte sans demander l’autorisation de ses parents. En cas d’absence de numéro de téléphone à renseigner, l’autre option est d’indiquer une adresse e-mail, mais celle-ci ne sera pas vérifiée ! L’utilisateur·rice a alors la possibilité d’entrer une fausse adresse mail.
Modèle basé sur l'incitation
Comme tout réseau social, Xooloo se base sur l’incitation à interagir et l’élargissement de sa communauté. Plus l’enfant invitera de nouvelles personnes sur l’application, plus il recevra des « cadeaux ». Un pop-up s’ouvre d’ailleurs rapidement pour inciter à inviter des amis dans son réseau.

Autre bémol à nos yeux : l’application met fortement en avant le fait de ne pas inviter des inconnu·es dans son réseau, mais dès les premiers pas de l’utilisateur·rice, celui-ci devra demander en ami un avatar fictif qu’il ne connait pas (Tom qui donne des cadeaux)..!
Les aspects positifs
Nos points de vigilance
Quand ça dérape
Les écrans et ce type de messageries jouent un rôle d’amplificateur, pas de déclencheurs de conflits. En cas de conflit entre enfants, on a tendance à se focaliser sur l’outil (l’écran, je leu vidéo, l’application), mais le véritable enjeu ce sont les relations entre les enfants. Supprimer ou limiter l’outil n’effacera pas les dynamiques sociales sous-jacentes ou préexistantes. Les mêmes mécanismes y existent que dans la cour de récréation : affinités, rivalités, inclusions et malheureusement, des exclusions.
Les conflits en ligne sont le prolongement de ce qui est vécu hors ligne
L’environnement numérique ne crée pas ces comportements, mais il les rend plus visibles et parfois plus rapides, hors du regard de l’adulte et hors de son contrôle. Les groupes de discussions dans les applications de messagerie ou les groupes de joueur·euses dans un jeu en ligne sont des miroirs de dynamiques sociales pré-existantes. A l’image des cartons d’invitation distribués à une seule partie de la classe, faire partie du groupe crée chez l’enfant un sentiment d’appartenance, tandis que ne pas en faire partie à l’inverse crée un sentiment d’exclusion et être ignoré du groupe sera vécu comme une mise à l’écart symbolique. Les disputes vécues en ligne sont en fait le prolongement de conflits nés bien souvent déjà hors ligne. Ces situations existent depuis toujours, les interfaces numériques les ont simplement déplacées dans un autre espace. D’où le nécessaire accompagnement des parents et l’importance du dialogue : votre enfant doit pouvoir se tourner vers vous en cas de malaise vécu. S’il utilise ce type de messagerie sans votre autorisation ou en cachette, il n’osera sans doute pas vous parler en cas de mauvaise expérience. Et cela vaut pour toutes les activités en ligne : groupes de discussion, jeu en ligne, etc.






