Quel âge pour aller au cinéma ?
À partir de quel âge emmener son enfant découvrir un film sur grand écran ? L’expérience du cinéma est-elle adaptée aux plus jeunes ? Comment sélectionner le film ? Nous sommes allés chercher des réponses auprès de l’ASBL Filem’on, une association belge qui souhaite stimuler l’éducation au cinéma, à l’image et aux médias auprès des enfants et des jeunes de 2 à 16 ans.
Type :
- Culture
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- Relations aux écrans

Pelin Su Ozdogan est responsable de la programmation du festival de cinéma jeune public Filem’on et a répondu à toutes nos questions.
Bonjour Pelin, comment choisissez-vous les films que vous programmez pour les plus jeunes enfants ?
Nous proposons des compilations de courts métrages pour les enfants à partir de 3 ans, tandis que les longs métrages sont proposés à partir de 5 ans. Les courts métrages sont généralement sans mots ou avec peu de mots pour les rendre accessible à tout le monde. Les longs métrages sont généralement avec dialogue. Pour les sélectionner, on observe leur qualité artistique : la place laissée à l’imaginaire, la manière de raconter l’histoire, la diversité des formes artistiques et la richesse du langage. La durée d’attention des tout-petits étant assez courte, les compilations de courts métrages (qui durent environ 5 minutes) ne dépassent pas 40 minutes au total. C’est important de proposer des films drôles aux enfants, avec un certain sens de l’humour, pour que cela parle aux plus jeunes. Les thématiques doivent être identifiables et proches de celles que les enfants rencontrent dans la vie : la nature, la famille, les amis, la tolérance, l’aventure, etc.
Pour de très jeunes enfants, faut-il nécessairement éviter les histoires qui font peur, qui rendent tristes ou qui mettent en scène des conflits ?
Effectivement, certains parents estiment que des notions telles que la peur, la séparation, la colère, le conflit ou la tristesse ne doivent pas apparaître à l’écran. Pourtant, c’est important que ces émotions soient présentes et analysées à travers le cinéma. C’est une manière pour les enfants de rencontrer ces émotions, auxquelles ils seront aussi confrontés dans la vie. Même un film un peu sombre laissera place à l’espoir et proposera des manières de trouver des solutions face à un problème. Un film peut permettre à un enfant de défier ses peurs, d’apprivoiser ses émotions et de les accepter.
Est-il utile de discuter du film avec l’enfant après la séance, même s’il est encore très jeune ?
Oui, que l’expérience soit vécue positivement ou plus négativement, il est important de discuter à l’issue du film, mais ne demandez pas à votre enfant d’analyser tout le scénario !
Voici quelques pistes suggérées par Pelin :
Si le film procure un trop-plein d’émotions, faut-il s’arrêter ou continuer ?
À la maison, on peut faire une pause et demander ce que l’enfant ressent, ce qui le rend triste, et l’aider à comprendre ce qui ne va pas. On peut expliquer qu’il y a des moments tristes dans la vie, mais aussi de l’espoir. On peut poursuivre le visionnage ensemble pour découvrir le dénouement et, bien sûr, en rediscuter ensuite. Au cinéma, on peut toujours s’éclipser si c’est trop compliqué et verbaliser les émotions de la même façon.
Quelles différences y a-t-il entre regarder un film à la maison et le regarder au cinéma ?
Quand l’enfant regarde un film à la maison, il y a plusieurs sources de distraction : les paroles et les gestes des autres dans la pièce, des moments d’ennui, la possibilité de mettre en pause, etc. Au cinéma, a priori, tout cela est moins possible et l’expérience sera totalement différente : la salle est plongée dans l’obscurité, l’image et le son occupent tout le champ visuel et sonore, l’enfant est immergé. Par ailleurs, il y a aussi le facteur des autres spectateurs présents, surtout avec les enfants qui expriment facilement leurs émotions : on peut les entendre rire ou s’émerveiller. Cela crée une expérience collective.
Si un parent hésite à emmener son enfant de 3 ou 4 ans au cinéma, que lui conseilleriez-vous ?
La première expérience au cinéma est toujours mémorable ! Tout le monde se souvient de son premier film sur grand écran. Vivre cette expérience avec d’autres renforce le sens du collectif. C’est aussi l’occasion de voir des films différents. Rassurez-vous en vous rappelant que les autres spectateurs sont aussi composés de parents et d’enfants : tous riront ou auront peut-être un peu peur en même temps, et cela ne perturbera pas la salle outre mesure. Évidemment, on a toujours la possibilité de quitter la salle si cela devient trop intense.
Les pictogrammes PEGI sont utiles pour classer les jeux vidéo. Pour les films, d’autres pictogrammes sont utilisés et dépendent des régions. En Belgique francophone, le cinéma est soumis au système de classification BienVu.
Les films de grandes franchises (telles que Disney, Pixar, etc.) sont-ils adaptés aux plus jeunes ?
Les grosses productions se veulent attirantes pour tout le monde : avec des couleurs, des sons et des musiques attrayants, des bandes-annonces et des univers séduisants, ainsi que des personnages au caractère reconnaissable. Toutefois, leur rythme est souvent très rapide. Tout y est expliqué, il y a parfois une voix off, ce qui laisse peu de place à l’imagination de l’enfant. Autre problème : ces productions tentent de s’adresser à toute la famille et proposent plusieurs niveaux de lecture. Cela peut parfois devenir complexe à suivre pour un enfant. Il est donc intéressant de compléter cette expérience cinématographique avec d’autres types de réalisations.
Les films sans paroles, ou avec très peu de dialogues, sont-ils intéressants pour les plus petits ?
Au festival Filem’on, les films proposés aux plus jeunes sont généralement sans paroles. Les films sans mots apprennent aux enfants à interpréter d’autres aspects : à imaginer les choses montrées et pas dites. C’est aussi une autre manière d’apprendre pour les enfants. Avec ou sans dialogue, les deux options sont intéressantes pour les enfants.
Où trouver des recommandations de films adaptés aux plus jeunes ?
Renseignez-vous auprès de votre cinéma ou centre culturel local : beaucoup de lieux organisent des projections à destination du jeune public, des sources d'idées précieuses.
L’ASBL Filem’on organise chaque année un festival de cinéma jeune public à Bruxelles et à Gand. Sa programmation propose des courts métrages et longs métrages à partir de 3 ans et aussi des ateliers pour les plus petits. Retrouvez sa programmation sur son site web ou sur ses réseaux sociaux :
- https://filemon.be/fr/
- https://www.instagram.com/filemonfilmfestival/
- https://www.facebook.com/filemonfestival
L’ASBL Loupiote propose elle aussi une sélection de films adaptés aux plus jeunes : https://loupioteasbl.wordpress.com/.







