Skibidi, Tralalero… C’est quoi les Brain Rots ?
Skibidi, Tralalero Tralala, Ballerina Cappuccina… Ces mots étranges que répète votre enfant vous laissent perplexe ? Vous n’êtes pas seul·e. Depuis 2024, le terme brain rot s’est popularisé. Voici ce qui se cache derrière ce phénomène et surtout comment en parler avec votre enfant.
Type :
- IA
- |
- Réseaux sociaux

Aujourd'hui, le brain rot désigne deux choses à la fois : un type de contenu en ligne, et les effets supposés de sa consommation excessive sur le cerveau. Les contenus brain rot sont de courtes vidéos générées par une intelligence artificielle, d’une durée de sept et quinze secondes, mettant en scène des personnages absurdes, des situations sans queue ni tête, une musique entêtante et des couleurs criardes. On le retrouve surtout sur TikTok, dans les Reels Instagram et les Shorts YouTube. L’objectif de ces vidéos est de provoquer une réaction immédiate, qu'elle soit la surprise, le rire ou la confusion.
Certain•es y voient de l'AI slop : du contenu de piètre qualité produit à la chaîne. D'autres, au contraire, y voient un nouveau mouvement artistique basé sur l'absurde, un peu comme le dadaïsme l'avait été au début du XXème siècle en réaction au chaos de son époque. La vérité est sans doute entre les deux.
Un mot vieux de 170 ans
Le mot « brain rot », littéralement « pourriture cérébrale », n'a pas été inventé sur TikTok. C'est l'écrivain américain Henry David Thoreau qui l'a utilisé pour la première fois en 1854, dans son ouvrage Walden. À l'époque, il s'inquiétait de l'appauvrissement de la pensée face à la montée de l'information de masse, liée à l'invention du télégraphe. Il écrivait : « Tandis que l'Angleterre s'efforce de guérir le mildiou, personne ne s'efforcera de guérir le pourrissement cérébral, qui prévaut bien plus largement et de manière plus fatale ? ».
170 ans plus tard, Oxford University Press l'a choisi comme mot de l'année 2024. Le constat de Thoreau n’a pas tellement vieilli, et ce n’est pas un hasard. À chaque nouveau médium, les mêmes inquiétudes reviennent : la technologie qui abêtirait les gens, les rendrait passifs et les couperait du réel. On s’en est inquiété pour le télégraphe, pour la radio, pour la télévision, pour les jeux vidéo, pour internet et aujourd’hui les mêmes préoccupations existent pour les réseaux sociaux et l’IA. Ce réflexe est humain : on se méfie de ce qu’on ne connaît pas encore.
L'Italian Brain Rot, c'est quoi ?
L'une des formes les plus visibles de ce phénomène porte un nom trompeur : l'Italian Brain Rot. Contrairement à ce qu'il laisse entendre, il n'est pas né en Italie. Tout a commencé en 2023 avec une blague autour de l’acteur Dwayne Johnson, dans laquelle il récitait des rimes absurdes avec un pseudo-accent italien (source : Wikipédia, « Brain rot italien », https://fr.wikipedia.org/wiki/Brain_rot_italien ).
La phrase « Tralalero tralala » a été reprise, transformée en personnage, un requin à trois pattes portant des baskets Nike, et le phénomène a pris son envol en janvier 2025 sur TikTok. Ce qui caractérise l'Italian Brain Rot, ce sont ces créatures hybrides (un mélange d’animaux avec des objets du quotidien, de la nourriture ou des armes) générées par IA, aux noms inspirés de la sonorité de la langue italienne : ses suffixes en -ini, -ello, -ino se prêtent parfaitement à fabriquer des noms ridicules et mémorables.
Le phénomène est devenu mondial en quelques semaines, en partie grâce au jeu Roblox dans lequel ces personnages ont pris une vie propre, à mi-chemin entre les Pokémon et les mèmes sans fin.
Parmi les personnages les plus connus :
Pourquoi les jeunes adorent ça ?
Le brain rot remplit une fonction sociale précise. Ces contenus, leur jargon, leurs personnages, tout cela constitue un langage commun que les ados et la génération alpha partagent. Un langage que les adultes ne comprennent généralement pas. Et c'est précisément ce qui le rend précieux à leurs yeux.
Ce n'est pas différent de ce que les Lapins Crétins ou les personnages de South Park ont représenté pour d'autres générations : un code culturel qui appartient aux jeunes, et qui cimente leur sentiment d'appartenance à un groupe. À l'âge où l'identité se construit par rapport aux pairs, pouvoir dire « t'as vu Tralalero ? » et que tout le monde rit, c'est important.
Il y a aussi une dimension auto-ironique dans ce phénomène. Les jeunes utilisent elles et eux-mêmes le terme « brain rot » pour désigner ce qu'ils ou elles regardent, avec une conscience lucide sur le fait que c'est absurde. Ce n'est pas de la naïveté : c'est de l'humour.
Le but : nous maintenir devant nos écrans
Le brain rot comme contenu est une chose, mais le brain rot comme mode de consommation en est une autre. Ce qui peut poser problème, ce n’est pas tellement le requin avec des baskets, mais plutôt pourquoi ces contenus sont conçus et comment ils sont consommés.
Les vidéos très courtes, denses, qui captent facilement notre attention, correspondent exactement aux formats que les plateformes privilégient. Elles sont faites pour le « scroll infini » — ce geste de faire défiler du contenu. L’objectif est simple : garder l’utilisateur•rice le plus longtemps possible devant l’écran, pour lui montrer un maximum de publicités. C’est ce qu’on appelle l’économie de l’attention. À chaque nouvelle vidéo, quelque chose d’inattendu peut apparaître, et c’est précisément cette incertitude qui maintient l’envie de continuer.
À court terme, quelques minutes de scroll ne changent pas grand chose. Mais quand le scroll infini devient le seul loisir, la seule façon de combler l’ennui, cela peut être le d’un signal d’un déséquilibre des pratiques. C’est justement là que le rôle du parent peut faire la différence : proposer de la variété, des activités qui demandent un autre rythme — lire, jouer, bouger, cuisiner ensemble. Non pas comme une punition, mais comme une ouverture à d’autres occupations qui nourrissent d’autres formes d’attention.
Autre signal à surveiller : le multi-écrans. Un ado qui regarde la télé avec son téléphone en main, tout en ayant une tablette ouverte, ne se distrait pas volontairement, son cerveau cherche à compenser un manque de stimulation que le rythme d'un seul écran ne suffit plus à fournir.
« L’île de la Skibidi Tentafruit », « Fruity Lanta »... ces fausses téléréalités générées par IA
Également sur TikTok, des fruits au corps d’humain deviennent les héros de fausses téléréalités 100% générée par IA. « L’île de la Skibidi Tentafruit » reprend les codes de l’émission « L’île de la tentation », mais il existe aussi « Fruity Lanta », parodie de Koh Lanta, « Les Maraîchers », parodie des Marseillais, « Pascal le Grand Fruit », de Pascal le Grand Frère… Format ultra court, montage rythmé, couleurs vives, langage volontairement excessif, truffé d’expressions issues de la Gen Z et de la Gen Alpha, ces vidéos deviennent virales.
A l'apparence inoffensive, ces vidéos véhiculent des discours ultra-sexistes et problématiques. La manière dont les personnages sont représentés, les dialogues… C’est un peu la partie invisible de l’iceberg, celle qu’on ne voit pas forcément au premier regard.

Comment en parler avec votre enfant ?
Pas besoin d'avoir l'air de le surveiller. La connaissance des personnages et du jargon brain rot peut au contraire devenir un point d'entrée pour la conversation.
Ce n'est pas votre enfant qu'il faut blâmer s'il ou elle passe des heures à scroller. Les plateformes investissent massivement pour que cette mécanique soit irrésistible. N’en êtes-vous pas vous aussi victime en tant qu’adulte ? En comprendre le fonctionnement ensemble, c'est déjà lui donner des outils pour en reprendre le contrôle.
Lire aussi : Le temps d'écran chez les enfants
Pour aller plus loin : Baie F., Italian Brainrots : un phénomène de mode chez nos enfants contribuant à leur construction identitaire ?, Analyse UFAPEC, Février 2026 - https://www.ufapec.be/nos-analyses/0126-italian-brainrots.html














